
Portrait d'un Solognot : JOSEPH LA BANNIERE
JOSEPH LA BANNIERE : je ne vous garantis même pas du prénom! Il fût un compagnon de Raboliot et un adepte du braconnage. Désormais, vous pouvez le rencontrer lors de manifestations à la maison du Braconnage à Chaon où il effectue quelques démonstrations. Il a également participé à une émission télévisée "les maraudeurs de la nuit" sur France 3 où l'on mettait en évidence la différence entre le braconnage d'aujourd'hui et celui d'autrefois. Gérard Bardon lui a aussi consacré quelques pages dans son livre "Histoires de Chasse en Sologne". Quant à moi, je souhaitais tout simplement vous le faire découvrir.......
C'était du temps où la Sologne était libre, encore un peu sauvage. Vous pouviez emprunter des chemins sans un garde derrière vous, sans vous déchirer à un fil de fer barbelé, sans vous cogner contre un panneau d'interdiction. C'était du temps où il y avait du lièvre, du perdreau, du faisan, du vrai, pas ces faisans d'élevage, lâchés pour une chasse, qui ne savent ni se cacher ni voler!
Le braconnage a connu son âge d'or et ses héros, pacifiques pour la plupart. Ainsi, Joseph la Bannière, 95 ans affirme que cette activité interdite n'est plus de son âge! Et je vous le confirme car maintenant, son seul plaisir, c'est d'observer les animaux, de les regarder vivre. Il a maintenant des chevreuils qui passent dans son jardin ainsi que des sangliers qui viennent le narguer sous ses fenêtres de cuisine. Avant ils ne seraient pas passés longtemps ...Et il y a quelques semaines, un couple de perdreaux venaient s'alimenter dans les mangeoires de ses poules. Notez bien le mot " perdreaux" car la spécialité de mon Solognot, c'était la chasse aux perdreaux mais non pas avec un fusil mais avec une bannière. Je vous expliquerez plus tard en quoi cela consistait.
Il a commencé à être en contact avec la braconne, comme il dit, dès l'âge de 5 ans. Sa défunte mère avait tendu un piège à dents, et Joseph, un peu curieux à l' époque, avait touché ce piège. C'est ainsi qu'il eut la main transpercée et qu'il fût soigné par le Maire du village, médecin également à l' époque.
Mais pourquoi braconner ? pour deux raisons me souffle Joseph :
- la première c'était pour vivre, le gibier pullulait dans la lande et du temps de son grand-père, il n'était payé que 1 Franc la journée de moisson et il y avait la famille à élever et tout ce gibier à portée de main!
- la deuxième, c'était pour le plaisir de prendre du gibier, un vice quoi mais un bon vice. On n'était pas des voleurs, pas plus Raboliot que moi, tonne Joseph. Jamais on a pris un poisson dans un étang d'élevage, ni même un faisan dans une volière! Et il y avait le plaisir de faire courir les gardes, de les narguer. La braconne c'était comme une drogue. Avec les gardes au café, on se causait quand la chasse était fermée mais on ne se causait plus quand elle était ouverte.
Des problèmes avec les gardes, bien sûr que j'en ai eus, et pourtant je courrais vite. Je me rappelle même le jour où j'ai été pris en train de garder mes vaches. Vous vous rendez compte, un vacher pris pour braconnage dans un champ en compagnie de ses vaches. Et oui, ils m'ont bien eu car en fait ce jour là, j'avais mon fusil en plus avec moi dans le champ et on m'a dit qu'on ne garde pas des vaches avec un fusil!
Dans le temps, il y avait les marchands de gibier et les ramasseurs. Même l' épicier du coin passait et demandait en douce s'il n'y avait pas un peu de gibier pour lui. A l'époque un lapin valait une paire de sabots.
Pourquoi Joseph la Bannière? La spécialité de Joseph étant le perdreau, il les attrapait avec une sorte de grand filet triangulaire monté sur un cadre (bannière). La nuit tombée, après avoir repéré l'endroit où se trouvait une belle compagnie de perdreaux, il disposait son filet sur des supports puis il éclairait bien bas le sol sous la bannière (sans éclairer le filet, car sinon les oiseaux se seraient enfuits). Lorsque les volatiles s'aventuraient dessous, il faisait chuter le filet à l'aide d'une grande perche. Il ne restait plus qu'à se baisser et à ramasser les perdreaux vivants..... pour les vendre à un éleveur. En fait, les perdreaux se laissaient approcher à 8-10 mètres, c'était donc la longueur de la perche. Il se souvient d'une soirée où à deux ils en ont pris plus de 80.
Il lui est arrivé également de braconner les anguilles aux cordes et d'autres poissons dans des chaves. Et ce jour là, il a eu droit à une petite surprise. Le principe de pêcher dans des chaves consistait à caresser le poisson et à le lancer d'un coup sec hors de l'eau. Le seul doute était dans le fait qu'on ne voyait pas ce qu'on était censé prendre et notre brave Joseph est tombé sur une vipère d'eau, une rouge!